La machine que j’ai relancée deux fois
J’ai lancé une machine un dimanche matin. Elle a fini vers midi, et le téléphone me l’a dit. J’ai pensé « j’y vais », et je ne suis pas allé.
Lundi soir, le linge était toujours dans le tambour. Mardi, il avait cette odeur qu’on ne rattrape pas. Je l’ai relancé une première fois. La machine a fini vers vingt-trois heures, et le linge y est resté deux jours de plus.
Jeudi soir, je l’ai relancé une seconde fois. Cette fois je suis resté devant la porte jusqu’à la fin, et j’ai étendu le linge à minuit vingt.
Ce que le tambour demandait
Deux minutes. Ouvrir la porte, sortir le linge, l’étendre. Je le savais dimanche à midi, et je le savais aussi bien jeudi.
Ce n’est pas que la chose m’était sortie de la tête. Je suis passé devant cette porte quarante fois en quatre jours, et à chaque passage j’ai pensé au linge. Il n’a jamais cessé d’être là.
Ce n’était pas une question de mémoire. C’était le coût d’amorçage d’un geste que je connais par cœur.
Un rappel de plus n’aurait rien changé : j’avais déjà le rappel, il était derrière la porte et il tournait en boucle dans ma tête depuis dimanche. Ce qui manquait était entre la pensée et le mouvement.
Ce que ça m’a coûté
Deux cycles de machine pour rien, quatre jours d’une porte devant laquelle je détournais un peu le regard, et cette phrase que je me suis dite en étendant les draps, à minuit vingt : « je n’arrive même pas à sortir du linge ».
C’est cette phrase-là qui coûte cher. Pas les deux cycles.
Le linge, les courses, le carton qui reste dans l’entrée : c’est le même endroit de ma vie, et c’est celui que Cocon essaie d’absorber à ma place. Je ne sais pas encore si j’y arriverai.